Monday, June 29, 2009

La transformation numérique de l’Afrique

Par ANTONIO MONJA.
Des avancées importantes touchent les télécoms africaines.
Le lancement du câble sous-marin en fibre optique Seacom le 23 Juillet 2009 (prévu tout d’abord pour le 27 Juin 2009 mais retardé à cause de l’augmentation des activités de piraterie autour de la Corne de l’Afrique) annonce une imminente secousse sismique dans le paysage des télécoms africaines en connectant pour la première fois les pays de l’Afrique de l’Est et australe (Kenya, Tanzanie, Madagascar, Afrique du Sud, etc.) au reste du monde (Grande-Bretagne, France, Arabie Saoudite, Inde, etc.).

Seacom ne sera pas seul à causer un séisme dans le paysage des télécoms africaines. En effet, le lancement d’autres câbles est prévu dans les années à venir.


Tout d’abord, il y a l’Eastern Africa Submarine Cable System (EASSy) qui devrait être lancé en 2010 et qui devrait également connecter les pays de l’Afrique de l’Est et du Sud au reste du monde.

Ensuite, il y a le système Main One qui devrait aussi être complété en 2010 et qui devrait relier cette fois-ci les pays de la cote Ouest africaine en partant de l’Afrique du Sud jusqu’au Portugal.

En 2011, il est prévu que le West African Cable System (WACS), le plus important des câbles en développement avec une valeur de 600 millions de dollars américains, sera opérationnel et reliera les pays de l’Afrique de l’Ouest et australe avec l’Europe.

Le câble Africa Coast to Europe (ACE) qui à l’origine devait s’étendre de la France jusqu’au Gabon, a été rallongé depuis jusqu’en Afrique du Sud ; connectant ainsi toute l’Afrique de l’Ouest. Sa mise en opération est prévue également pour 2011.

Finalement, deux autres câbles vont accroître la capacité sur le reste du continent plus tard cette année. Le réseau GLO-1 de l’opérateur nigérian Globacom, devrait connecter le Nigeria au Royaume-Uni, alors que la liaison The East African Marine System (TEAMS) devrait relier le Kenya aux Emirats Arabes Unis.

On peut voir sur Many Possibilities une carte des câbles sous-marins en fibre optique autour de l’Afrique ainsi que des données sur les différents projets.


Impacts

La mise en opération de sept câbles dans les deux prochaines années devrait révolutionner le monde des télécoms africaines.

En effet, selon le magazine britannique The Economist, l’arrivée d’Internet haut débit et la compétition entre les différents câbles devraient permettre la réduction des tarifs et la création de nouvelles entreprises.

Par exemple, la Corne de l’Afrique est encore aujourd’hui l’un des derniers endroits peuplés de la planète qui n’a pas une connexion adéquate au web. A la place du câble en fibre optique qui permet de passer des appels téléphoniques moins chers et de surfer aisément sur You Tube, sa population de 200 millions d’habitants est obligée d’utiliser la connexion internet par satellite. D’où le maintien des tarifs surélevés sur les appels téléphones internationaux et la lenteur de l’accès à Internet.

Avec une masse de jeunes anglophones vivants à une heure ou deux des fuseaux horaires européens, l’Afrique de l’Est devrait être bien placée pour concurrencer l’Inde et le Sri Lanka en ce qui concerne les jobs de back-office dans les multinationales.

Par exemple, en Afrique du Sud le secteur de l’externalisation des processus d'affaires a longtemps exigé la réduction des tarifs pour la simple raison que le coût élevé des télécommunications freine l’arrivée dans le pays d’investisseurs potentiels. Selon les opérateurs du secteur, ce coût peut être jusqu'à plus de 500% supérieur à celui des autres pays émergents ; ce qui rend l’Afrique du Sud bien moins compétitive que ses concurrents dans l’externalisation des processus d'affaires.

Le magazine The Economist rapporte qu’un certain nombre de centres d'appel ont déjà fait leur apparition sur le marché et devraient augmenter rapidement lorsque les câbles seront opérationnels. Ce sont cependant les compagnies de téléphonie mobile, et non les cafés Internet, qui devraient connaître la croissance la plus marquée. On s’attend en particulier à une augmentation du nombre et de la qualité des appareils.

Selon les prévisions, dans très peu d’années même les africains les plus pauvres pourront avoir accès au savoir, aux informations et au divertissement grâce à des copies de téléphones « intelligents » tels que l’iPhone. Cela prouverait être une avancée économique mais aussi politique considérable, étant donné que l’information sera désormais partagée entre les gens de façon « horizontale » et non plus « verticale » à travers les medias traditionnels.

Finalement, il est à noter l’impact culturel considérable qu’aura cette évolution technologique sur les populations africaines en leur permettant d’accéder à des influences culturelles différentes. Cela devrait favoriser grandement les phénomènes de « métissage culturel » et les expériences « duraliennes ».


Opportunités

Toujours selon le magazine The Economist, le Rwanda devrait sortir gagnant de ses derniers développements numériques. En effet, son président, Paul Kagame, a misé sur Internet et les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) pour accélérer le développement du pays en octroyant des concessions aux compagnies de logiciels. Cependant, le Kenya veut aussi sa part du gâteau. Son gouvernement a aboli récemment les taxes de vente sur les ordinateurs et sur les nouveaux téléphones portables. Il a aussi concédé aux entreprises l’élimination des coûts d’achat de bande passante dans l’espoir qu’elles dominent le marché Internet régional. Cela pourrait très bien motiver les autres pays voisins à faire pressions sur les compagnies pour baisser leurs tarifs.

Selon les « Perspectives économiques en Afrique 2008/09», document annuel publié conjointement par la Banque africaine de développement, le Centre de développement de l’OCDE et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, le continent se verra impacté par la crise mondiale cette année. Les analystes estiment que la croissance ne sera que de 2,8% cette année, alors qu’elle dépassait les 5% ces cinq dernières années. C’est seulement en 2010 qu’elle devrait rebondir à 4,5%.

En ces temps de crise, les NTIC demeurent tout de même un des secteurs les plus porteurs en Afrique. D’après les propos de Laura Recuero Virto, économiste au Bureau Afrique et Moyen-Orient au Centre de développement de l’OCDE, depuis « fin 2008-début 2009, d’importants contrats continuent à être conclus, notamment au Togo, au Burkina Faso, en Namibie, au Mali, en Ouganda et au Rwanda. On retrouve le schéma de la crise des nouvelles technologies de 2000-2001 : le continent qui était alors le plus épargné au regard des investissements, c’était l’Afrique. Et c’est à nouveau le cas. Si on regarde les engagements sur les investissements privés en Afrique, 44% de ces investissements se disent non impactés par la crise. Or, si on regarde l’Europe et l’Asie centrale, il n’y a que 9% qui se disent non impactés. Le reste est soit annulé, soit retardé. »

Selon le journal Les Afriques, le continent devient rapidement une alternative intéressante pour les entreprises européennes qui cherchent à délocaliser des services dans les pays à bas coûts. Pour preuve : sept pays africains figurent parmi les 50 destinations « offshore » les plus attractives pour les activités de services, selon l’édition 2009 du rapport Global Services Location Index (GSLI), élaboré par le cabinet américain de conseil en stratégie A.T. Kearney.

En 2004, année du lancement de la première édition, seule l’Afrique du Sud avait été citée parmi les destinations les plus intéressantes dans l’ « offshoring ». Selon le nouveau rapport publié fin mai, parmi les sept challengers africains sur ce marché mondial estimé à 55 milliards de dollars en 2008, cinq d’entre eux ont considérablement amélioré leur classement par rapport à 2007. Si l’Asie se positionne toujours dans les cinq premières places, l’Egypte a fait une entrée fracassante dans le top dix mondial. Ce pays d’Afrique du Nord a gagné sept places pour arriver au 6e rang, juste derrière les géants asiatiques (Inde, Chine, Malaisie, Thaïlande et Indonésie).

Classée 27e il y a deux ans, le Ghana s’est hissé à la 15e position. La Tunisie a gagné neuf places pour se classer au 17e rang, alors que le Sénégal est passé de la 39e à la 26e place. Le Maroc (30e) a gagné, pour sa part, six places et l’Ile Maurice a préservé sa 25e position. Un petit bémol toutefois : l’Afrique du Sud (39e) a reculé de huit rangs en comparaison avec le classement 2007.

Pour les experts du cabinet A.T. Kearney, qui utilisent 43 critères regroupés en trois catégories (qualité et disponibilité de la main-d’œuvre, attractivité financière et environnement des affaires) pour mesurer la capacité des pays à attirer les délocalisations, l’Afrique a largement profité, aux côtés de plusieurs pays du Moyen-Orient, de la perte de vitesse des pays d’Europe de l’Est. Ces anciens hubs mondiaux de l’offshore ont vu, ces dernières années, leurs avantages compétitifs s’amenuiser sous l’effet de l’augmentation des salaires et de l’appréciation de leurs monnaies face au dollar. L’écart entre les coûts de production des ces destinations offshore traditionnelles et ceux des pays développés s’est ainsi amoindri.

La percée réalisée par l’Afrique s’explique aussi, selon les experts du cabinet américain, par une nette amélioration des infrastructures télécoms et une augmentation des zones dédiées à l’offshore, assorties de conditions fiscales et d’accès au foncier avantageuses. Des versions de Bangalore à l’africaine comme Rabat Technopolis et Casanearshore Park au Maroc ou encore la Technopole El Ghazala en Tunisie, ont connu un succès considérable ces dernières années.

L’Afrique a, par ailleurs, marqué des points au niveau de la qualité et la disponibilité de la main-d’œuvre. Dans ce chapitre, l’Egypte, la Tunisie, le Maroc, le Ghana et le Sénégal sont aujourd’hui mieux notés par A. T. Kearney que la Hongrie, la Slovaquie et l’Estonie. Cet atout devrait permettre, selon les experts, à plusieurs pays africains de « redessiner la carte mondiale de l’offshoring » durant les années à venir.


Attentes

Il faut espérer que les gouvernements africains saisiront les opportunités créées par les récents développements numériques, pour mettre en place les conditions nécessaires à la création d’économies modernes et compétitives. Selon les termes de Paul Collier, économiste à l’université d’Oxford, cela correspond à augmenter la capacité à investir de façon productive ; c'est-à-dire « investir dans l’investissement ».

Les pays africains doivent se rendre compte que le développement économique à travers les exportations de produits manufacturés légers demandant une forte intensité de main-d'œuvre, trouve ses limites dans la forte concurrence des pays asiatiques et le manque d’infrastructure (routes, ports, etc.). Le succès de l’Inde dans les NTIC est là pour nous rappeler que les pays en voie de développement peuvent aussi baser leur croissance économique sur le secteur des services.
Voir le diaporama Ten Things You Didn't Know About ICTs and African Development
Il est donc crucial que dans les prochaines années le secteur des services soit libéralisé que ce soit dans le cadre de l’OMC ou l’Union Européenne, afin que l’Afrique profite de nouvelles vagues de délocalisations. A cette occasion, il sera important que les gouvernements africains ne cèdent pas aux pressions protectionnistes venant des pays riches.
Autres références non inclues dans le texteInnovation et nouvelles technologies en Afrique



1 commentaires:

Antonio Monja said...

Selon un nouveau rapport publié par le Groupe de la Banque mondiale, l’accès aux services internet et de téléphonie mobile de qualité et bon marché permet le développement des économies et des sociétés à tous les niveaux. Lire la suite sur http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:22231364~menuPK:51200699~pagePK:34370~piPK:34424~theSitePK:1074931,00.html