Wednesday, June 24, 2009

Nouveau triste record et le retour des subventions agricoles en Afrique

Nous accueillons dans l'équipe Duralienne un nouveau collaborateur de choix: Antonio Monja. Né à Minsk (Bélarus) de mère Biélorusse et de père Malgache, il a passé son enfance à Antananarivo (Madagascar) et son adolescence à Rome (Italie). Formé à l’école française, il fait ensuite des études universitaires de premier cycle en administration des affaires et finance à l’Université du Québec à Montréal avant de se déplacer à nouveau, cette fois ci en Angleterre pour y compléter sa formation avec un diplôme de deuxième cycle en économie à l’University of Warwick. Rien à dire, Antonio Monja est un véritable duralien Confronté à différents courants culturels tout au long de sa vie, il a démontré son intérêt pour Durala sur le groupe Facebook qu'il anime avec des sujets passionnants et continue l'aventure sur le blog. Ses articles font le point sur la situation économique et politique du continent mais également sur la culture duralienne comme vous pourrez le voir sur cette discussion à laquelle je vous invite à participer!

De nouvelles estimations publiées par la FAO
Par ANTONIO MONJA

Selon de nouvelles estimations publiées le 19 juin 2009 par l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (connue sous le nom courant de FAO pour Food and Agriculture Organization), la faim dans le monde atteindrait un niveau historique en 2009 puisque l'humanité comptera 1 milliard 20 millions de personnes victimes de la faim.

La récente aggravation de la faim dans le monde n'est pas le résultat de mauvaises récoltes au niveau mondial. Elle est une conséquence de la crise économique mondiale qui a entraîné baisse des revenus et pertes d'emplois, réduisant ainsi l'accès des pauvres à la nourriture, indique la FAO. «Un mélange dangereux constitué par le ralentissement de l'économie mondiale et la flambée persistante des prix des denrées alimentaires dans de nombreux pays a fait sombrer dans la faim et la pauvreté chroniques quelque 100 millions de personnes de plus par rapport à l'an dernier», a déclaré M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO.
«La crise silencieuse de la faim - qui touche un sixième de l'humanité - représente une grave menace pour la paix et la sécurité mondiales. Nous devons de toute urgence dégager un large consensus sur l'éradication totale et rapide de la faim dans le monde et prendre les mesures nécessaires à cet effet.» «La situation actuelle de l'insécurité alimentaire mondiale ne peut pas nous laisser indifférents», a ajouté M. Diouf.

Les pays pauvres, a souligné M. Diouf, «doivent recevoir les soutiens nécessaires en matière de développement, d'économie et de politique afin d'accroître leur production et leur productivité agricoles. Les investissements dans l'agriculture doivent être largement augmentés car, pour la majorité des pays pauvres, la bonne santé de ce secteur est fondamentale pour surmonter la pauvreté et la faim et constitue aussi une condition préalable à la croissance économique générale».

La faim gagne du terrain
Si des progrès appréciables ont été accomplis pour réduire la faim chronique dans les années 1980 et la première moitié des années 1990, la faim a regagné du terrain, lentement mais sûrement, durant la dernière décennie, selon la FAO.
Le nombre des personnes souffrant de la faim a augmenté entre 1995-97 et 2004-06 dans toutes les régions, à l'exception de l'Amérique latine et des Caraïbes. Mais même dans cette région, les avancées obtenues en matière de réduction de la faim ont été inversées par la flambée des prix et la crise économique mondiale actuelle.
Cette année, compte tenu essentiellement des chocs de la crise économique et des prix des denrées alimentaires souvent élevés au plan national, le nombre des victimes de la faim devrait augmenter globalement d'environ 11 pour cent, selon les projections de la FAO qui s'appuient sur une étude menée par le Département de l'agriculture des Etats-Unis.
La quasi-totalité des personnes sous-alimentées de la planète vivent dans les pays en développement : 642 millions de personnes en Asie et le Pacifique; 265 millions en Afrique subsaharienne; 53 millions en Amérique latine et les Caraïbes; 42 millions au Proche-Orient et en Afrique du Nord; et 15 millions au total dans les pays développés.

L’agriculture à l’ordre du jour
Selon Javier Blas, correspondant au Financial Times, cette alarme sonne juste après que la FAO et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont fait savoir plus tôt dans la semaine que les prix mondiaux des produits alimentaires devraient augmenter de 10 à 30 pour cent au cours des 10 prochaines années au dessus de leur moyenne de 1997-2006 ; tout de même moins que prévu étant donné la baisse de la croissance économique et des prix de pétrole.
L’agriculture, longtemps négligée dans les grands débats politiques, est retournée à l’ordre du jour après la récente crise alimentaire de 2007-08 pendant laquelle la hausse record des prix des denrées telles que le blé et le ris a provoqué des émeutes de la faim allant d’Haïti jusqu’au Bangladesh en passant par le Sénégal et l’Egypte.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), organisme d'aide alimentaire de l'ONU, est malheureusement forcée de réduire les rations d’aide alimentaire et de fermer certaines opérations du fait que les pays donateurs (États-Unis, Union Européenne, etc.) confrontés chez eux à de fortes pressions fiscales, sont en train de couper leur contribution au financement du PAM. L’organisme avait moins de 1.5 milliards de dollars américains en mi-Juin, alors que le budget requis est de 6.4 milliards. Les bailleurs de fonds ont fait savoir qu’il serait très peu probable que le PAM reçoive la somme requise pour prévenir la faim dans de nombreux pays.

Le retour des subventions agricoles en Afrique
Dans ce climat, il n’est pas surprenant d’apprendre que les gouvernements africains sont de plus en plus favorables à l’instauration de subventions agricoles afin de faire face à la compétition des producteurs agricoles américains et européens qui reçoivent des milliards de dollars en subventions chaque année.
Selon l’article de Steve Kretzmann publié par West Cape News, le message qui ressort du Forum AgriBusiness 2009 ayant eu lieu à la ville du Cap (Afrique du Sud) du 14 au 17 juin 2009, est que la demande des pays donateurs pour un “marché libre” ne doit plus supplanter la course vers une “révolution verte” africaine. Pendant les 4 jours du programme, les plus grands experts du secteur agricole et agro-industriel africain, multinationales, officiels gouvernementaux, banques, organisations internationales, ONG et bailleurs de fonds se sont réunis pour présenter les tendances et solutions récentes, lancer de nouvelles collaborations et financer des projets dans les secteurs agricoles et agro-industriels.
Lors de cette rencontre, le ministre ougandais de l’agriculture, Bagire Henry a fait savoir que pour développer les cultures d’exportations et augmenter les rendements agricoles, les agriculteurs seront organisés en coopératives pour favoriser les économies d’échelle, et que son ministère fournira de l’assistance technique et des subventions aux agriculteurs qui ont les meilleurs pratiques agricoles.
Henry rappela que son pays, l’Ouganda, a déjà commencé à subventionner 30 000 agriculteurs et que 30 000 autres devraient recevoir des subventions d’ici la fin de cette année afin d’atteindre prochainement un objectif d’un million de fermiers recevant de l’aide de l’Etat.
Sur cette question, les chefs d’Etats africains ont certainement été encouragés par le succès du Malawi au cours de ces 4 dernières années dans l’augmentation des rendements du maïs grâce aux subventions pour réduire le coût des engrais et des semences à haut rendement.
Selon l’article de Michael Fleshman publié dans le magazine “Afrique Renouveau”, depuis l’instauration des subventions en 2005, la récolte de maïs du Malawi a plus que doublé pour atteindre 2,7 millions de tonnes l’année suivante. Elle a encore augmenté en 2007 jusqu’à 3,4 millions de tonnes — suffisamment pour nourrir le pays et en vendre des centaines de milliers de tonnes au Programme alimentaire mondiales (PAM) de l’ONU et aux pays voisins. Le pays a même fait don de 10 000 tonnes de maïs au programme alimentaire du PAM destiné aux personnes séropositives.
Selon les propos rapportés par Kretzmann, le président de Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA), Namanga Ngoni, affirma que “ce n’est qu’en Afrique que le mot subvention est un péché.”
Ngoni pense que des subventions ciblées pourraient être utilisées pour réduire le coût de production des agriculteurs afin qu’ils puissent faire face à la concurrence “biaisée” de leurs rivaux européens et américains.
Cependant, selon le directeur de Rainman Landcare Foundation, Raymond Auerbach, les subventions ne sont pas la réponse. Bien qu’elles soient nécessaires, elles devraient avant tout être dirigées vers les fermiers qui s’engagent dans les meilleurs pratiques. Une autre façon de le faire serait selon Auerbach, de pénaliser les agriculteurs qui utilisent des techniques inefficientes et polluantes plutôt que de distribuer des subventions qui pourraient éventuellement fausser le marché.
Michael Morris, économiste de la Banque mondiale et spécialiste des subventions agricoles, a déclaré à “Afrique Renouveau” qu’avec son programme de subventions, “le gouvernement du Malawi fait de nombreuses choses correctement”. M. Morris estime que ces subventions aux engrais absorbent aujourd’hui 60 % du budget de l’agriculture du Malawi. “C’est énorme. Il y a beaucoup d’autres choses — services de vulgarisation, irrigation, recherche — qui sont négligées en conséquence. Il nous faut réfléchir à d’autres possibilités et à d’autres options. Nous devons choisir nos points d’intervention.” Par ailleurs, M. Morris affirme que les programmes de subventions sont souvent mal gérés et sensibles à la corruption. “Ce qui a changé est la reconnaissance que tout simplement sur le terrain les choses ne bougeaient pas. Le secteur privé ne jouait pas son rôle.”

0 commentaires: