Friday, July 24, 2009

L’avenir des relations internationales passera par l’Afrique

- Ou L’intérêt des pays émergents pour l’Afrique -
PAR ANTONIO MONJA//
Alors que le monde occidental se désengage et rapatrie ses capitaux des pays africains en ces temps de crise, le groupe de pays BRIC (Brésil – Russie – Inde – Chine) redouble d’efforts pour prendre part dans des opérations minières, renforcer les relations diplomatiques, et conquérir les marchés en pleine croissance en Afrique.

En 2007, la banque d’investissement Goldman Sachs a publié l’ouvrage « BRICs and Beyond » dans lequel elle prédit que les quatre pays émergents qui forment le terme BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), continueront à se développer en tant que forces majeures de l’économie mondiale et surpasseront les pays du G6 (les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Italie) dans une quarantaine d’années.

L’entrée de la Chine et de l'Inde, les deux pays les plus peuplés du monde, a rapidement modifié la donne sur la scène économique mondiale au tournant du siècle. Suivis par la Russie et le Brésil qui récoltent les fruits du récent boom des matières premières et des réformes pragmatiques, le groupe BRIC est devenu une composante essentielle des investissements des multinationales occidentales.
La croissance économique des pays émergents a coïncidé avec d'importantes avancées économiques obtenues dans toute l'Afrique subsaharienne grâce à l’ouverture des marchés au secteur privé et à la concurrence étrangère.
Sous l'impulsion de la percée chinoise dans le continent, les pays BRIC ont tourné leur regard vers l'Afrique pour assurer leur croissance future. Cela s'explique principalement par la présence dans les pays africains d’énormes opportunités encore inexploitées aujourd’hui. L’attrait grandissant que portent les pays émergents vers l’Afrique, a suscité un intérêt nouveau de ses partenaires traditionnels et contredit sa réputation de « cause perdue » de l’économie mondiale.
Il y a aujourd’hui peu de doutes sur le fait que les pays BRIC sont devenus des acteurs majeurs en Afrique. Récemment, l’un des plus gros groupes de services financiers sud-africain, Standard Bank Group Limited, a calculé que le commerce entre le continent et les BRIC est passé de 16 milliards de dollars en 2000 à 157 milliards de dollars l'an dernier. Cela représente un taux de croissance annuel composé de 33%.
A mesure que le groupe BRIC se développe, il reconnait de plus en plus le potentiel stratégique et commercial de l’Afrique. Standard Bank décrit dans un rapport récent les raisons individuelles de chaque pays composant ce groupe:

  • L’intérêt immédiat du Brésil en Afrique est de sécuriser l’accès aux ressources naturelles, notamment le pétrole. Mais le Brésil est également motivé par le désir de créer un nouvel « Axe Sud » dont il serait le leader.

  • La Russie est aussi intéressée par les ressources naturelles du continent. Mais elle est confrontée à un problème en raison de la réputation ternie de l'Union soviétique pendant la Guerre froide. Ainsi, Moscou cherche à redorer son image auprès des pays africains en multipliant ses programmes d'aide au développement.

  • Depuis de nombreuses années, l'Inde entretient des relations privilégiées avec plusieurs pays africains tels que Maurice, le Kenya et l'Afrique du Sud. Les entreprises à capitaux indiens occupent une place prépondérante dans l'industrie manufacturière et les services en Afrique. « Mais ce qui est nouveau, depuis deux ou trois ans, c'est que l'Inde s'intéresse, à son tour, aux richesses du sous-sol africain », souligne Stephen Gelb, directeur du Edge Institute à Johannesburg, dans le journal Les Afriques. Par ailleurs, l’Inde perçoit l’Afrique comme un allié clé dans sa poursuite d'un avantage concurrentiel par rapport à la Chine.

  • Pour la Chine l'Afrique représente un partenaire à long terme fournissant les ressources, les marchés, et le soutien géopolitique nécessaires à sa tentative de s’établir comme une puissance économique mondiale.
Le rapport précise également les raisons pour lesquelles les relations sino-africaines vont bon train malgré la récente crise économique mondiale. Tout d’abord, le déclin de la croissance en Chine est loin d’être aussi désastreux que dans le monde occidental. Ensuite, le stimulus fiscal du gouvernement chinois comprend des dépenses massives d'infrastructure qui devraient soutenir la forte demande pour les matières premières d'Afrique. Finalement, Beijing cherche à maintenir au même niveau ses flux d’investissements et d’aides vers les pays africains d’ici la tenue du Forum de coopération sino-africaine en Novembre 2009.
Ce n’est donc pas étonnant que la visite du président chinois Hu Jintao sur le continent, ait été si fructueuse en Février dernier. Au cours de cette tournée, Hu Jintao a promis de débloquer près d’un demi-milliard de dollars pour des projets.
La Chine n’est pas la seule à profiter de cette crise pour avancer ses pions en Afrique. Le président russe Dmitri Medvedev vient d’effectuer en Juin la visite de 4 pays africains (l'Egypte, le Nigeria, l'Angola et la Namibie) avec pour objectif explicite l’énergie. Lors de cette tournée, la première tentative russe de « rebranding » fut un désastre total. Le groupe russe Gazprom a conclu un accord de coopération avec la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) qui lui donne accès à l’une des plus importantes réserves de gaz au monde. Pour ce faire, Gazprom et la NNPC ont créé une co-entreprise baptisée de l’horrible nom Nigaz.
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a, pour sa part, promis aux pays africains de les aider à réaliser leur « révolution verte », lors du dernier sommet de l’Union africaine (UA) à Syrte (Libye) dont le thème officiel était le développement de l’agriculture. Les ressources naturelles du continent restent tout de même la priorité numéro un du gouvernement brésilien. « Nous avons du pétrole en suffisance, mais nous avons besoin d’importer du pétrole léger d’Afrique, car le nôtre est lourd. Par ailleurs, des sociétés brésiliennes travaillent avec des industries minières africaines. Nous avons besoin de potassium et l’Afrique s’engage à nous le fournir », a déclaré Miguel Jorge, ministre brésilien du Développement, de l’Industrie et du Commerce extérieur, au journal Les Afriques.
Selon Simon Freemantle de la société de conseil Africa Frontier Advisory, le boom des matières premières devrait se poursuivre encore pendant au moins 15 ans ; ce qui signifie que les acteurs traditionnels dans le secteur des matières premières en Afrique, seront obligés de payer davantage, d’améliorer leur prestation de services et surtout, de faire face à plus de concurrence. « Conscients de leur valeur, les Etats africains sont capables de dicter les règles du jeu dans une mesure qui était auparavant impossible », affirme le consultant.
Un intérêt mis en cause
De nombreuses critiques ont été invoquées contre l’incursion des pays émergents en Afrique ; les plus sérieuses étant dirigées contre la Chine. En effet, les compagnies chinoises sont accusées de fausser la concurrence locale en important de la main d’œuvre chinoise et en coupant drastiquement dans les coûts. De plus, le gouvernement chinois a été dénoncé pour son support aux Etats « voyous » tels que le Soudan ou le Zimbabwe.
Beijing tente aujourd’hui de contrer ces critiques légitimes par une série d’initiatives telles que le déploiement de forces de maintien de la paix au Soudan, et l'augmentation de l'aide bilatérale destinée au développement des infrastructures pour créer des emplois dans plusieurs pays africains.
Toutefois, les accusations selon lesquelles la Chine agit sans aucune éthique dans ses affaires avec l'Afrique, sont hypocrites et sélectives lorsqu’elles proviennent des pays occidentaux. En effet, nombreux sont les dirigeants autoritaires ou corrompus en Afrique qui ont grandement bénéficié tout au long de leur règne des rapports commerciaux avec l’Occident. Par ailleurs, les pratiques douteuses dans certains pays africains n’ont pas empêché non plus les multinationales occidentales de venir conquérir leurs marchés dans le passé. Ainsi, le discours tenu par les dirigeants des pays occidentaux sur la corruption ressemble fortement à leur discours sur le protectionnisme dans le commerce international.
Une autre accusation contre la Chine est que celle-ci chercherait à devenir une nouvelle puissance coloniale en Afrique en faisant main basse sur ses ressources naturelles. Comme il a été mentionné plus haut, l’accès aux richesses du continent constitue un enjeu majeur du 21ème siècle pour les pays émergents afin d’assurer leur croissance économique à long terme. Imputer des intentions de néocolonialisme à chaque pays intéressé par les matières premières en Afrique, est tout simplement ridicule.
L’importance des facteurs internes
L’aspect le plus dangereux de ces deux critiques est le rôle totalement passif assigné aux Etats africains. Que ce soit pour les cas de corruption ou de néocolonialisme, chaque situation implique le rôle actif des deux parties. Il est tout à fait surprenant qu’une certaine pensée critique fasse porter tout le fardeau de la responsabilité des malheurs en Afrique à des facteurs externes.
Dans le cas de la corruption, il est devenu commun de pointer du doigt les gouvernements et les multinationales des pays riches, et de traiter les gouvernements africains comme des «victimes». Tous ceux qui pensent que la corruption empêche le développement devraient étudier l'histoire américaine du 19ème siècle, et celle plus récente de la Chine.

Par ailleurs, le récent discours d’Obama au Ghana n’a pas empêché certains critiques de soulever le fait que les Etats-Unis ont longtemps soutenu une longue liste de régimes tyranniques pendant la guerre froide, et que Washington s'intéresse au pétrole et aux matières premières de l’Afrique. A ce sujet, l’histoire nous apprend que le soutien de Etats-Unis aux dictatures asiatiques pendant la guerre froide, n’a pas pour autant empêché l’extraordinaire réussite économique de pays tels que la Corée du Sud, Taiwan, ou encore Singapore.

Ces exemples historiques démontrent clairement le rôle déterminant joué par les facteurs internes aux sociétés pour surmonter les obstacles de la corruption et du néocolonialisme. Il n’y donc aucun système ou conspiration internationale qui maintient l’Afrique dans son état de pauvreté. Ce qui manque aujourd’hui dans les pays africains, c’est l’identification entre les intérêts privés des élites politiques et les intérêts nationaux. Tout discours critique qui occulte la place centrale de ces facteurs internes finit par déresponsabiliser les gouvernements africains et renforcer l’autorité des régimes dictatoriaux.
L’avenir de l’Afrique entre les mains des africains
Si l’avenir des relations internationales passera par l’Afrique, les dirigeants africains devraient saisir cette opportunité historique pour nouer des liens de partenariat fructueux avec les pays émergents, et renforcer ainsi la position de leurs nations sur la scène internationale.

1 commentaires:

Anonymous said...

Your blog keeps getting better and better! Your older articles are not as good as newer ones you have a lot more creativity and originality now keep it up!