Saturday, October 10, 2009

Indice Ibrahim 2009: l’importance de la diversité politico-économique de l’Afrique


PAR ANTONIO MONJA// (Photo- Time Magazine)

Le conseil d'administration de la Fondation Mo Ibrahim s'est réuni ce lundi 5 Octobre au Cap (Afrique du Sud) pour lancer la troisième édition de l'Indice Ibrahim. Mo Ibrahim, fondateur et président de la fondation, a souligné que : « L'Indice 2009 nous donne l'aperçu de la gouvernance sur le continent le plus clair et le plus actuel que nous ayons jamais eu. Avec l'Afrique australe qui dépasse l'Afrique du Nord, nous voyons apparaître une image qui remet radicalement en cause notre perception de l'Afrique. Notre objectif est de susciter un débat sur ce qu'on peut attendre de nos gouvernements ».

Mo Ibrahim, magnat des télécoms et philanthrope, s’est fait un nom en défendant la démocratie et la bonne gouvernance sur le continent. Après seulement trois ans, la publication annuelle de l’Indice Ibrahim pour la Gouvernance Africaine est devenue un évènement incontournable. Classant 53 nations africaines sub-sahariennes en fonction de la qualité de leur gouvernance, l’Indice Ibrahim comporte également des indicateurs économiques. L'indice évalue les progrès réalisés par chaque nation dans quatre domaines principaux : Sécurité et Respect des lois, Participation et Droits de l'homme; Opportunité économique durable et Développement humain.

Les résultats de cette année, quoique fondés sur les statistiques de 2007 à 2008, montrent peu de changements au sommet du classement. Les îles continuent à bien faire. Maurice est de nouveau à la première place, suivi par les îles du Cap-Vert et les Seychelles. Le Botswana et l’Afrique du Sud arrivent quant à eux à la quatrième et cinquième place. Les derniers du classement sont, sans surprises, la Somalie, le Tchad et le Zimbabwe.

Pour la première fois depuis son existence, l’indice inclus également les cinq pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie) à des fins de comparaison avec leurs pairs sub-sahariens. Allant à l’encontre de l’idée selon laquelle les pays nord-africains sont plus développés que leurs voisins au sud du Sahara, l'indice démontre au contraire que, globalement, l’Afrique du Nord accuse un léger retard. En effet, bien que les pays de cette région soient généralement bien classés en ce qui concerne les critères économiques, ils se retrouvent déclassés dans le domaine de la participation et des droits de l’homme. La Libye en est la parfaite illustration.

L’Afrique australe est, quant à elle, bien classée en ce qui concerne la gouvernance et les droits de l’homme : parmi les dix pays les mieux classés, cinq proviennent de cette région. L’Afrique de l’Ouest arrive en troisième place derrière l’Afrique du Nord, suivie de l’Afrique de l’Est. L’Afrique centrale qui comprend la chaotique République Démocratique du Congo, se retrouve au bas du classement. C'est la région affichant les moins bons résultats dans les quatre catégories. Les sept pays de la région sont en dessous des 20 premiers pays de l'Indice, et tous en dessous de la moyenne du continent, à l'exception du Gabon.

Au delà des chiffres, ce qu’il y a de plus intéressant dans ce classement sont les profonds contrastes qui existent entre les divers pays. Il suffit pour cela de prendre la Tunisie qui se classe 8ème pour la performance économique mais seulement 35ème pour les droits de l’homme. Ou encore le Bénin, un pays d’Afrique de l’Ouest, qui se classe 8ème en termes de sécurité mais se retrouve à la 26ème place en ce qui concerne le développement humain.

Ainsi, ce qui ressort le plus de cette enquête, c’est la diversité de la réalité politico-économique africaine qui est trop souvent considérée comme homogène à travers le continent. Les pays de l’Afrique du Nord semblent avoir trouvé un modèle économique performant mais trainent encore pour ce qui est de la gouvernance. Pendant ce temps, l’Afrique de l’Ouest est chroniquement sous-développée dans les domaines tels que la santé et l'éducation, mais offre une certaine liberté et sécurité. L’Afrique de l’Est, quant à elle, se trouve au milieu du classement pour la plupart des indicateurs.

Il est bien sûr important de tirer les bonnes leçons des réussites et des échecs de chacun de ces pays. L'Indice Ibrahim révèle qu'il est crucial de comprendre, à la lumière de la diversité politico-économique de l’Afrique, que les mêmes remèdes ne peuvent être appliqués à tous les pays.

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